Angine et allaitement : quels traitements sont compatibles ?

# Angine et allaitement : quels traitements sont compatibles ?

L’angine représente une affection fréquente qui touche également les jeunes mères en période d’allaitement maternel. Cette inflammation aiguë des amygdales soulève naturellement des interrogations légitimes concernant la poursuite de l’allaitement et la compatibilité des traitements nécessaires. Contrairement aux idées reçues, la majorité des angines peuvent être traitées efficacement sans compromettre la sécurité du nourrisson ni interrompre l’allaitement. La clé réside dans une connaissance précise des molécules utilisables, de leur passage dans le lait maternel et des alternatives thérapeutiques disponibles. Les données pharmacologiques actuelles permettent aujourd’hui d’accompagner sereinement les mères allaitantes confrontées à cette pathologie infectieuse, en optimisant à la fois leur confort et la protection de leur enfant.

Physiopathologie de l’angine durant la période d’allaitement maternel

L’angine constitue une inflammation des amygdales palatines qui se manifeste par une douleur pharyngée intense, une dysphagie marquée et fréquemment une fièvre. Chez la femme allaitante, cette pathologie présente les mêmes caractéristiques cliniques que dans la population générale, avec une prédominance virale estimée entre 60% et 90% des cas selon les études épidémiologiques. Les virus responsables incluent principalement les rhinovirus, les coronavirus, les virus Influenza et le virus d’Epstein-Barr. La distinction entre angine virale et bactérienne revêt une importance capitale pour orienter la stratégie thérapeutique.

L’angine bactérienne, représentant environ 10% à 25% des cas chez l’adulte, est majoritairement causée par le streptocoque bêta-hémolytique du groupe A (Streptococcus pyogenes). Cette forme nécessite impérativement un traitement antibiotique pour prévenir les complications potentiellement graves telles que le rhumatisme articulaire aigu ou la glomérulonéphrite post-streptococcique. Le test de diagnostic rapide (TDR) permet d’identifier en quelques minutes la présence de cet agent pathogène, avec une sensibilité dépassant 95% et une spécificité proche de 98%. Ce diagnostic précis évite les antibiothérapies inutiles dans les formes virales.

Durant la lactation, l’organisme maternel bénéficie d’une protection immunitaire particulière liée aux modifications hormonales post-partum. Néanmoins, la fatigue accumulée, les réveils nocturnes fréquents et le stress inhérent aux premiers mois de maternité peuvent fragiliser les défenses naturelles. L’allaitement lui-même n’augmente pas le risque de contracter une angine, mais la proximité physique étroite avec le nourrisson soulève des questions légitimes sur les risques de transmission. Les anticorps produits par la mère en réponse à l’infection passent activement dans le lait maternel, offrant une protection passive au bébé contre les mêmes agents pathogènes.

La poursuite de l’allaitement durant l’épisode infectieux reste non seulement possible mais recommandée dans la très grande majorité des situations. Le lait maternel contient des immunoglobulines A sécrétoires, des leucocytes, des facteurs antimicrobiens et des composants anti-inflammatoires qui protègent activement le nourrisson. Des études ont démontré que l’arrêt de l’allaitement n’empêche pas la transmission des germes au bébé, celui-ci ayant déjà été exposé avant l’apparition des symptômes maternels. L’application rigoureuse des mesures d’hygiène standard –

lavage soigneux des mains, port d’un masque chirurgical en cas de toux ou d’angine bactérienne, limitation des contacts salivaires, permettent de réduire significativement le risque de contamination. En pratique, l’angine chez la femme allaitante doit donc être abordée comme chez toute autre patiente, avec une vigilance particulière sur le choix des médicaments et la surveillance du nourrisson, mais sans sevrage systématique.

Antibiothérapie compatible avec l’allaitement : amoxicilline et pénicillines

Amoxicilline : posologie et passage dans le lait maternel

Lorsque le streptocoque du groupe A est confirmé par un TDR positif, l’amoxicilline constitue le traitement de première intention chez la femme allaitante. Les schémas les plus couramment utilisés chez l’adulte sont de 2 à 3 g par jour, en 2 ou 3 prises (par exemple 1 g x 2/j ou 500 mg x 3/j), pendant une durée courte de 6 jours selon les recommandations françaises récentes. Cette posologie est suffisante pour éradiquer le germe et prévenir les complications post-streptococciques, tout en restant parfaitement compatible avec l’allaitement.

D’un point de vue pharmacologique, le passage de l’amoxicilline dans le lait maternel est faible. Le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT) estime que le nourrisson reçoit généralement moins de 1 % de la dose pédiatrique rapportée au poids corporel. Autrement dit, la quantité d’antibiotique ingérée via le lait est très inférieure aux doses utilisées chez l’enfant malade. En pratique, l’amoxicilline est largement utilisée chez des milliers de femmes allaitantes, avec un excellent profil de tolérance. Seuls de rares effets secondaires digestifs bénins (selles plus molles, coliques modérées) sont parfois rapportés chez certains nourrissons sensibles.

Cette marge de sécurité permet de poursuivre sereinement l’allaitement, sans espacer ni sauter les tétées. Il n’est pas nécessaire non plus de « tirer et jeter » le lait, une pratique souvent proposée à tort. En cas d’antécédent d’allergie aux pénicillines chez le bébé (urticaire, œdème, réaction anaphylactique documentée), une concertation étroite avec le pédiatre et le médecin traitant s’impose avant de débuter le traitement maternel.

Pénicilline V et céphalosporines de première génération

La pénicilline V (phénoxyméthylpénicilline) constitue une alternative possible à l’amoxicilline dans le traitement de l’angine à streptocoque A. Elle est également considérée comme totalement compatible avec l’allaitement, son passage dans le lait étant minimal. Les doses habituelles varient selon les pays, mais se situent généralement entre 2 et 3 millions d’unités par jour, en 2 à 3 prises. En France, elle est moins utilisée que l’amoxicilline, en raison de schémas un peu moins pratiques et d’une moindre disponibilité.

Les céphalosporines de première génération (comme la céfalexine ou la céfazoline) représentent une autre famille d’antibiotiques utilisables chez la mère allaitante, notamment en cas d’intolérance à l’amoxicilline non liée à une véritable allergie croisée. Elles diffusent faiblement dans le lait maternel, et les concentrations observées restent très inférieures aux doses thérapeutiques pédiatriques. Là encore, l’allaitement peut être poursuivi sans modification, tout en surveillant simplement l’apparition éventuelle de troubles digestifs chez le nourrisson (diarrhée, candidose orale ou fessière).

En pratique courante, ces molécules ne constituent pas le premier choix de l’angine chez la femme allaitante, mais elles offrent une solution de repli sûre dans plusieurs situations cliniques : intolérance digestive marquée à l’amoxicilline, pénurie ponctuelle, nécessité de couvrir d’autres germes sensibles aux céphalosporines. Le choix définitif se fait toujours en lien avec le médecin, après évaluation du contexte clinique global.

Azithromycine et macrolides en cas d’allergie aux bêta-lactamines

Que faire en cas de véritable allergie aux bêta-lactamines (pénicillines et céphalosporines) chez une mère allaitante présentant une angine bactérienne prouvée ? Dans ce contexte, les macrolides comme l’azithromycine, la clarithromycine ou la spiramycine représentent des alternatives intéressantes. Leur efficacité sur le streptocoque A est bien documentée, sous réserve du respect des posologies et de la durée de traitement recommandées.

L’azithromycine se distingue par un schéma court et pratique (souvent 500 mg/j pendant 3 jours), ce qui peut être particulièrement apprécié par une jeune mère déjà très sollicitée. Les études disponibles montrent un passage modéré dans le lait, mais la dose relative reçue par le nourrisson reste inférieure au seuil de 10 % de la dose pédiatrique, généralement considéré comme sans risque significatif. Les données cliniques rapportent très peu d’effets indésirables chez l’enfant allaité, mis à part de rares épisodes de selles plus liquides.

Les autres macrolides (clarithromycine, spiramycine, érythromycine) sont également jugés compatibles avec l’allaitement par les principales références internationales (LactMed, CRAT, Hale). Comme pour les bêta-lactamines, la prudence consiste à rester attentif aux signes digestifs du nourrisson, sans pour autant remettre en cause l’allaitement. En revanche, en cas de prématurité, de pathologie cardiaque ou de traitement concomitant chez le nourrisson, un avis pédiatrique est préférable avant de prescrire un macrolide à la mère.

Durée du traitement antibiotique recommandée pendant l’allaitement

La durée optimale de l’antibiothérapie en cas d’angine à streptocoque A fait régulièrement l’objet de réévaluations. En France, les recommandations actuelles privilégient des traitements de 6 jours d’amoxicilline chez l’adulte, ce qui suffit pour éradiquer l’infection et prévenir les complications immunologiques post-streptococciques. Dans d’autres pays, des durées de 7 à 10 jours restent encore fréquentes, notamment avec la pénicilline V ou certains macrolides.

Contrairement à une idée répandue, la période d’allaitement ne nécessite pas d’allonger la durée du traitement. Au contraire, l’objectif est de limiter l’exposition globale du nourrisson tout en respectant l’efficacité thérapeutique. Un schéma bref mais correctement dosé reste donc le meilleur compromis. Il est en revanche essentiel de respecter scrupuleusement la durée prescrite, même en cas d’amélioration rapide des symptômes : arrêter trop tôt l’antibiotique augmente le risque de rechute et de résistances bactériennes.

En cas de fièvre persistante au-delà de 48 à 72 heures de traitement, ou de douleurs qui s’aggravent, une réévaluation médicale s’impose : résistance du germe, autre foyer infectieux ORL, abcès péri-amygdalien, ou diagnostic initial erroné. Dans ces situations, l’allaitement peut généralement se poursuivre, mais la stratégie thérapeutique devra parfois être ajustée (imagerie, changement d’antibiotique, drainage chirurgical).

Antalgiques et antipyrétiques autorisés : paracétamol et ibuprofène

Paracétamol : dosage maximal et fenêtre thérapeutique sécuritaire

Qu’elle soit virale ou bactérienne, l’angine s’accompagne souvent de douleurs pharyngées intenses et de fièvre. Le paracétamol reste l’antalgique et antipyrétique de référence chez la femme qui allaite. La dose maximale recommandée chez l’adulte en bonne santé est de 3 g par jour (soit 1 g toutes les 6 heures), en veillant à ne pas dépasser 4 g/j en cas de situation exceptionnelle et sur très courte durée, et à tenir compte de tous les médicaments combinés contenant du paracétamol.

Le passage du paracétamol dans le lait maternel est faible, de l’ordre de 1 à 2 % de la dose ajustée au poids. De plus, ce médicament est couramment prescrit directement chez le nourrisson dès l’âge de quelques semaines, à des doses bien supérieures à celles reçues via le lait. Le CRAT comme la plupart des sociétés savantes considèrent donc que le paracétamol est pleinement compatible avec l’allaitement, y compris en cas de prises répétées sur plusieurs jours.

Il est cependant important de respecter la fenêtre thérapeutique sécuritaire : ne pas prolonger les fortes doses au-delà de 3 à 5 jours sans réévaluation médicale, éviter l’alcool (qui augmente la toxicité hépatique) et informer son médecin en cas de pathologie hépatique connue. Pour une jeune mère épuisée, bien soulagée par le paracétamol, la tentation existe parfois d’augmenter les doses ; il est donc utile de noter les prises et les horaires pour garder un suivi rigoureux.

Ibuprofène : AINS compatible et précautions d’emploi

L’ibuprofène est un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) particulièrement intéressant dans le contexte de l’angine, car il associe un effet antalgique, antipyrétique et anti-inflammatoire. Contrairement à d’autres AINS, il est considéré comme compatible avec l’allaitement lorsque la fonction rénale de la mère est normale et que la durée de traitement reste courte (quelques jours). Les doses habituelles chez l’adulte sont de 200 à 400 mg toutes les 6 à 8 heures, sans dépasser 1 200 mg à 1 600 mg par jour en automédication.

Son passage dans le lait maternel est très faible, avec un rapport lait/plasma bas et une demi-vie courte. En conséquence, l’exposition du nourrisson est minime, très en dessous des doses utilisées en pédiatrie. Les recommandations internationales le placent même parfois au premier rang des AINS utilisables en période d’allaitement. Il convient toutefois d’observer quelques précautions d’emploi : éviter l’ibuprofène en cas d’antécédent d’ulcère gastroduodénal, de maladie rénale ou d’asthme déclenché par les AINS, et ne pas l’utiliser de façon prolongée sans avis médical.

En présence d’une infection virale avec suspicion de grippe ou de Covid-19, certains experts préfèrent débuter par le paracétamol, même si les données actuelles ne montrent pas de risque majeur avéré avec l’ibuprofène à dose usuelle. En pratique, l’association paracétamol + ibuprofène, alternés à quelques heures d’intervalle, peut être très efficace pour contrôler une fièvre élevée résistante ou des douleurs intenses, tout en restant compatible avec l’allaitement lorsqu’elle est encadrée médicalement.

Chronologie de prise optimale par rapport aux tétées

Un réflexe fréquent chez les mères allaitantes consiste à se demander : « À quel moment dois-je prendre mon médicament par rapport à la tétée pour limiter le passage dans le lait ? ». Pour le paracétamol comme pour l’ibuprofène, ce calcul complexe est en réalité rarement nécessaire, tant les quantités transférées au nourrisson sont faibles. Néanmoins, si vous souhaitez optimiser encore la sécurité, il est possible de prendre ces médicaments juste après une tétée plutôt qu’avant.

Cette stratégie repose sur une logique simple : le pic plasmatique du médicament survient généralement 30 à 90 minutes après la prise orale, puis décroît progressivement. En prenant le comprimé après la tétée, la concentration dans le lait sera légèrement plus basse au moment de la tétée suivante, surtout si le bébé espace déjà ses repas de 2 à 3 heures. Cette mesure reste toutefois optionnelle et ne doit pas devenir une source de stress supplémentaire ou un frein à la prise en charge de la douleur de la mère.

De manière générale, il est plus important de soulager efficacement la douleur et la fièvre pour permettre à la mère de se reposer, de manger et de bien s’hydrater. Or ces facteurs conditionnent directement la qualité de la lactation. Une mère épuisée, qui mange peu et boit insuffisamment, risque davantage de voir sa production de lait diminuer transitoirement que son bébé ne risque de souffrir des faibles traces de paracétamol ou d’ibuprofène passant dans le lait.

Traitements symptomatiques locaux compatibles avec la lactation

Pastilles à la chlorhexidine et antiseptiques buccaux sans alcool

Outre les antalgiques, de nombreuses femmes recherchent des traitements locaux pour soulager la douleur de gorge : pastilles, bains de bouche, sprays. La bonne nouvelle est qu’un grand nombre de ces produits sont utilisables pendant l’allaitement, à condition de bien les choisir. Les pastilles contenant des antiseptiques doux comme la chlorhexidine, la benzalkonium ou certains dérivés d’hexétidine peuvent être employées sans risque particulier, car leur absorption systémique est minime lorsque le produit est simplement sucé et recraché ou avalé en petite quantité.

Les bains de bouche et antiseptiques buccaux sans alcool représentent également une option intéressante, surtout en cas de muqueuse irritée ou de petites lésions associées. Il est préférable d’éviter les solutions fortement alcoolisées, non pas tant pour le passage dans le lait – très faible – que pour le risque d’irritation muqueuse et le goût désagréable pouvant majorer la gêne à la déglutition. En pratique, ces produits locaux permettent souvent de « gagner quelques heures de confort » entre deux prises de paracétamol ou d’ibuprofène.

Comme toujours, la clé est de lire attentivement la notice : fuyez les pastilles combinant plusieurs molécules aux effets systémiques marqués (vasoconstricteurs, antihistaminiques sédatifs, dérivés opiacés) et privilégiez les formulations simples, à dose modérée. En cas de doute, un pharmacien formé à l’allaitement ou la consultation des bases de données spécialisées (type LactMed, CRAT) permettent de trancher rapidement.

Collutoires à base de lidocaïne : concentrations acceptables

Les collutoires contenant un anesthésique local, comme la lidocaïne, peuvent procurer un soulagement appréciable en cas de dysphagie très douloureuse. La question de leur innocuité pendant l’allaitement se pose donc fréquemment. Les études disponibles montrent que la lidocaïne, lorsqu’elle est appliquée localement sur les muqueuses à dose thérapeutique, passe très peu dans la circulation systémique, et encore moins dans le lait maternel. Sa biodisponibilité orale est par ailleurs relativement faible.

En conséquence, les collutoires ou sprays à base de lidocaïne utilisés à faible concentration (souvent 0,5 à 2 %) et selon la posologie recommandée sont généralement considérés comme compatibles avec l’allaitement. Il convient toutefois d’éviter les utilisations prolongées, les pulvérisations excessives ou le détournement de ces produits à des fins d’automédication hors indication. Certains experts recommandent de ne pas dépasser 6 à 8 pulvérisations par jour, en espaçant les prises d’au moins 2 à 3 heures.

Une prudence particulière est de mise si le nourrisson est très jeune (moins de 1 mois) ou prématuré, car sa capacité de métabolisation est encore limitée. Dans ces situations, mieux vaut demander un avis médical avant d’utiliser un anesthésique local par voie buccale, surtout si d’autres médicaments sont déjà prescrits à la mère. En cas de doute, on privilégiera des approches non médicamenteuses ou des antiseptiques simples.

Sprays à la propolis et remèdes phytothérapeutiques validés

Les remèdes dits « naturels » occupent une place importante dans la prise en charge de l’angine chez la femme allaitante. Les sprays à base de propolis, de miel, ou d’extraits de plantes (sauge, thym, guimauve, plantain) peuvent apporter un soulagement modéré mais réel grâce à leurs propriétés adoucissantes, antiseptiques ou anti-inflammatoires locales. La propolis, par exemple, possède des vertus antibactériennes intéressantes, tout en présentant un risque systémique très faible lorsque le spray est utilisé localement.

Cependant, naturel ne signifie pas automatiquement sans risque pour l’allaitement. Certaines plantes peuvent influencer la coagulation, la tension artérielle ou interagir avec des traitements de fond. D’autres, comme certaines huiles essentielles, sont déconseillées pendant toute la durée de la grossesse et de l’allaitement en raison de leur neurotoxicité potentielle chez le nourrisson. Il est donc capital de rester sélective et de privilégier les produits dont la composition est claire, sans mélange complexe d’huiles essentielles ni concentrations élevées d’alcool.

En règle générale, les tisanes tièdes au miel, les sprays doux à la propolis, les sirops à base de glycérine végétale et de plantes adoucissantes sont bien tolérés et compatibles avec l’allaitement, lorsqu’ils sont utilisés en respectant la notice. Si vous prenez déjà plusieurs médicaments allopathiques, n’hésitez pas à signaler également vos remèdes phytothérapeutiques à votre médecin ou à votre pharmacien, afin de vérifier l’absence de contre-indications ou d’interactions inattendues.

Gargarismes au bicarbonate de sodium et solutions salines

Parmi les solutions les plus simples et les plus sûres pendant l’allaitement, les gargarismes au sel ou au bicarbonate de sodium tiennent une place de choix. Une eau tiède légèrement salée ou additionnée de bicarbonate permet de diminuer l’acidité locale, de fluidifier les sécrétions et de réduire la charge microbienne dans l’oropharynx. Ces préparations maison, économiques et faciles à réaliser, sont totalement exemptes de risque pour le nourrisson, car leur action reste strictement locale.

Il suffit généralement de dissoudre une demi-cuillère à café de sel ou de bicarbonate alimentaire dans un grand verre d’eau tiède, puis de pratiquer des gargarismes plusieurs fois par jour, en particulier après les repas et avant le coucher. Cette approche peut être comparée à un « nettoyage doux » de la gorge, un peu comme on rince une plaie superficielle : elle ne remplace pas l’antibiothérapie en cas d’angine streptococcique, mais elle accélère le confort et peut contribuer à une meilleure hygiène buccopharyngée.

Les solutions salines isotoniques disponibles en pharmacie (sérum physiologique en dosettes, sprays d’irrigation nasale ou pharyngée) constituent une alternative prête à l’emploi. Là encore, l’allaitement ne nécessite aucune précaution particulière : ces produits ne pénètrent pas significativement dans la circulation maternelle, et leur usage est même recommandé chez les nourrissons eux-mêmes en cas de rhinite ou de congestion nasale.

Médicaments contre-indiqués : fluoroquinolones et anti-inflammatoires non sélectifs

Si la majorité des médicaments couramment utilisés pour traiter une angine sont compatibles avec l’allaitement, certains doivent être évités ou utilisés avec une grande prudence. C’est le cas de plusieurs antibiotiques de la famille des fluoroquinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine, ofloxacine, etc.). Longtemps, ces molécules ont été contre-indiquées chez l’enfant en raison d’un risque théorique de toxicité cartilagineuse. Les données récentes sont plus rassurantes, mais leur utilisation chez la femme allaitante ne se justifie quasiment jamais pour une simple angine, alors que des alternatives sûres et efficaces existent (amoxicilline, pénicilline V, macrolides).

Les anti-inflammatoires non sélectifs ou moins bien connus (kétoprofène, diclofénac à fortes doses, naproxène au long cours, indométacine, etc.) soulèvent également davantage de questions en période d’allaitement. Certains présentent une demi-vie longue, augmentant l’exposition potentielle du nourrisson, d’autres sont moins documentés en termes de sécurité d’utilisation chez la mère allaitante. Dans ce contexte, il est logique de privilégier l’ibuprofène, mieux étudié, et de réserver les autres AINS à des indications spécifiques, sur une durée la plus courte possible et après avis médical personnalisé.

Par ailleurs, plusieurs associations médicamenteuses disponibles en libre accès pour les maux de gorge (comprimés combinant anti-inflammatoire, vasoconstricteur nasal, antihistaminique sédatif, caféine, etc.) sont à proscrire pendant l’allaitement, car elles exposent le nourrisson à des substances dont le profil de sécurité est mal établi ou défavorable (troubles cardiaques, agitation, somnolence, diminution de la production lactée). L’automédication avec ces « cocktails » de pharmacie doit donc être évitée, même si elle est largement banalisée chez l’adulte non allaitant.

En résumé, lorsque vous êtes confrontée à une angine pendant l’allaitement, le bon réflexe est de signaler systématiquement votre allaitement au médecin et au pharmacien, et de refuser toute prescription reposant sur des molécules à risque alors que des alternatives sûres existent. En cas de doute, des ressources spécialisées comme le CRAT ou LactMed permettent de vérifier, en quelques clics, la compatibilité d’un médicament avec la lactation.

Surveillance clinique du nourrisson et critères d’arrêt temporaire de l’allaitement

La plupart du temps, les traitements de l’angine compatibles avec l’allaitement ne nécessitent qu’une simple surveillance clinique du nourrisson. Concrètement, il s’agit de rester attentif à quelques signaux : modification brutale du comportement (bébé anormalement somnolent ou agité), troubles digestifs marqués (vomissements répétés, diarrhée abondante et persistante), éruption cutanée inexpliquée, difficultés à téter ou à prendre du poids. Ces manifestations restent rares, mais leur apparition doit conduire à réévaluer la situation avec le pédiatre ou le médecin traitant.

Il est utile, lorsque vous débutez un nouveau médicament, de noter la date et la dose dans un carnet, ainsi que les éventuels symptômes observés chez votre enfant. Cela permet, en cas de doute, de faire le lien plus facilement entre une molécule donnée et un effet indésirable possible, et d’ajuster rapidement le traitement. N’oubliez pas que de nombreux nourrissons présentent de toute façon des coliques ou des variations de selles au cours des premiers mois, sans que cela soit forcément lié au traitement maternel.

Les situations justifiant un arrêt temporaire de l’allaitement à cause d’une angine restent exceptionnelles. Elles concernent surtout les cas où la mère doit recevoir un traitement réellement incompatible (par exemple certaines chimiothérapies, des antiviraux puissants ou un antibiotique très peu documenté et potentiellement toxique) ou lorsqu’une infection sévère impose une hospitalisation en soins intensifs, rendant matériellement impossible la poursuite des tétées. Même dans ces cas, il est souvent envisageable de maintenir la lactation en tirant le lait et en le jetant, dans l’attente de la fin du traitement ou de l’amélioration de l’état maternel.

On envisagera également une suspension ponctuelle de l’allaitement si le nourrisson présente lui-même des pathologies particulières (cardiopathie, insuffisance rénale, prématurité extrême) rendant tout passage de certaines molécules via le lait plus problématique. Dans ces cas, la décision se prend au cas par cas, en concertation étroite entre la mère, le pédiatre, le médecin prescripteur et, si possible, un professionnel spécialiste de l’allaitement (consultante IBCLC, sage-femme formée).

Enfin, il est important de rappeler que l’arrêt brutal de l’allaitement, surtout en phase aiguë d’infection, peut exposer la mère à un risque d’engorgement et de mastite, et le bébé à une perte soudaine de la protection immunitaire fournie par le lait maternel. Chaque fois que cela est possible, on privilégiera donc des solutions permettant de poursuivre les tétées ou, à défaut, de maintenir la production de lait par des tirages réguliers. Avec une bonne information et un accompagnement adapté, la très grande majorité des angines chez la femme allaitante peuvent être prises en charge sans renoncer aux bénéfices de l’allaitement, ni pour la mère ni pour l’enfant.